S'épuiser à inventer une série de mots donnant un sens, s'anéantir dans l'effort d'une phrase. Trembler d'extase quand, enfin, la perfection nous semble atteinte. Cette hargne d'avoir réussi à vaincre l'obsédant. Écrire à s'en briser le corps, l'âme et le c½ur. Griffonner juste pour oublier le commun. Juste pour continuer de croire que la vie a un sens quand on sait avec certitude que non. Seulement parce qu'il ne nous reste que ça, que le reste fut emprisonné, détruit ou nous ait refusé. Si mauvais que le papier se salit à la noirceur des mots. A croire qu'il est humain, lui aussi. Vierge, il ressort noir d'avoir connu le monde, sale de s'être frotté à la dégénérescence démesurée, à la démesure contagieuse.
Art suprême qu'est celui de jongler avec les mots, ardu travail qu'est celui de savoir placer la virgule au bon endroit. La vie est de l'argile que l'écrivain manipule pour former son ¼uvre. Sa vie sous la métaphore d'une toile vierge et rugueuse, tracer les traits qui étofferont son existence. Futile détail pour certain, vital pour l'auteur. Ce n'est qu'avec le temps, que la toile se videra. D'un art clinquant, nous passerons à une tempérance cinglante, ensanglantée.
Nous avons tous ce désir de s'en aller, partir, décamper, fuir, s'enfuir, disparaitre, se casser, se tirer d'ici et de là ; ces lieux obscurs où la vie est devenue monotone, plate et routinière, où les visages sont moroses et les esprits maudits. Courir sa destinée, un sac en unique bagage, quelques piécettes en poches et l'adrénaline frissonnant dans tout le corps. Une feuille sur laquelle on écrit quand d'autres en font des avions qui volent en l'air.
Écrire, c'est mon évasion sur un morceau de papier.